La pose de conduites entre le village de Vuadens et le hameau du Briez au nord-ouest a fait l’objet d’un suivi archéologique sur plusieurs mois dès l’automne 2024. À l’extrémité septentrionale du tracé, les travaux menaçaient une portion de la villa romaine de Vuadens/Le Briez connue de longue date et partiellement explorée en 1973. Des locaux hypocaustés avaient alors été mis au jour; ils appartiennent à un complexe d’habitat ponctuellement exploré dans les années 1990-2000. Des sépultures de l’âge du Bronze avaient été également mises au jour sous les sols d’époque romaine. En outre, les couches de démolition antiques recelaient une série de tombes à inhumation du Haut Moyen Âge.
En 2025, l’intervention a permis de dégager l’extrémité méridionale de l’édifice antique et ses abords immédiats (70 m2 (fouille) / 2245 m2 (suivi)). La stratigraphie révèle une série de terrassements au sommet du substrat, associés à deux trous de poteau, qu’un tesson de céramique peinte situe au 1er siècle de notre ère. Des remblais successifs sont ensuite apportés pour l’installation d’une construction en matériaux légers (sols en terre battue et solin en pierres sèches supposé). De possibles rejets de foyers et une couche de démolition de cloison en terre sont associés à cet état. Un bassin maçonné apparaît peut-être à cet état, à moins qu’il ne soit immédiatement postérieur. Adossé au mur sud de l’édifice, il présente encore une canalisation d’évacuation traversant la maçonnerie de la façade. En raison de l’emprise réduite de la fouille, il n’est pas possible de déterminer si ce bassin faisait partie d’un secteur thermal ou servait d’ornement dans un espace ouvert. La structure est ultérieurement démontée et recouverte par un sol en mortier (fig. 1) formant l’area d’un hypocauste étendu. Une petite pièce aménagée en saillie à l’intérieur de l’espace chauffé, explorée lors des fouilles de 1973, n’a livré aucun indice sur sa fonction. À la fin de l’Antiquité, l’hypocauste est démonté et son area est percée par une fosse ou un trou de poteau, avant que le secteur ne soit scellé sur toute sa surface par une épaisse couche de démolition.
À l’extérieur de la villa, un trou de poteau et un mur (limite de parcelle? enclos?) ont été documentés dans l’emprise de la tranchée. Leur datation n’est pas assurée, mais l’orientation du mur identique à la façade de la construction indique que cette maçonnerie au moins remonte à l’époque romaine.
Aux vestiges antiques s’ajoute la découverte d’un four à chaux. Localisé à environ 280 m au sud de la villa romaine, au lieu-dit Route du Briez, il présente un état de conservation exceptionnel, rare dans le canton de Fribourg. Observé uniquement en coupe dans le profil nord-est de la tranchée d’implantation des conduites (fig. 2), le four conserve une partie significative de son dôme, haut d’environ 1.6 m pour une largeur de 2.5 m à la base. Les parois sont construites en gros galets, liés par un mortier de chaux très compact gris-beige. Elles atteignent une largeur d’environ 25 cm à la base, qui diminue progressivement vers le sommet. Un ressaut rentrant est visible sur la paroi nord-ouest.
L’intérieur du four présente divers remplissages. Le niveau supérieur, dont le sédiment sablo-limoneux contient des galets rubéfiés, pourrait résulter de l’effondrement de la voûte. En dessous, un limon beige-blanc riche en blocs de calcaire pulvérulents et en chaux est interprété comme le comblement du laboratoire. D’ailleurs, les concentrations de chaux présentes à la base des parois corroborent cette hypothèse. La chambre de chauffe n’a en revanche pas pu être observée lors de la fouille.
En l’absence de tout indice permettant une datation directe de la structure, l’aspect du mortier suggère une attribution à la période moderne. Par ailleurs, la situation du four, localisé à environ 50 m au nord d’une habitation figurant sur le cadastre de 1850, renforce l’hypothèse d’une utilisation à cette période.
