Dans le cadre de la construction d’un immeuble à la Promenade Charles-Martin, dans la portion méridionale du quartier des Eaux-Vives, à Genève, une surveillance d’excavation a permis de mettre au jour les vestiges d’un aqueduc dont une portion voisine avait déjà été observée par Louis Blondel, en 1942.

L’ouvrage a pu être dégagé sur une longueur d’environ 18 m (fig. 1). Son état de préservation était inégal : à l’extrémité ouest, la voûte était encore conservée sur deux mètres, alors que le reste du tronçon ne présentait plus que les montants avec parfois le premier claveau encore en place. Plus à l’ouest, seule la tranchée de construction était visible, jusqu’à la limite du chantier.

L’aqueduc, construit en tranchée, est apparu à plus d’un mètre sous la surface. Il était constitué de montants en blocs de tuf taillé, dont la longueur pouvait atteindre 120 cm, la largeur 34 cm et la hauteur 38 cm. La voûte comprenait cinq ou six claveaux en tuf aux dimensions assez irrégulières. L’intrados des sommiers était taillé verticalement, de sorte à prolonger les parois internes des montants et ainsi augmenter la hauteur du conduit. Dans sa partie la mieux conservée (fig. 2), la voûte était recouverte d’une couche de mortier de 5 à 10 cm d’épaisseur. Hormis cette couche, aucune trace de mortier n’a été décelée, que ce soit pour le jointoyage ou comme enduit de surface à l’intérieur de l’ouvrage. D’autre part, à l’exception d’une couche comprenant de fins éclats de tuf, que Blondel avait associée à l’aménagement de « dalles très peu épaisses », le fond du canal n’a pas pu être clairement identifié et aucun radier de fondation n’a été observé. En revanche on peut noter que le substrat géologique dans lequel est installé l’aqueduc est très imperméable.

La largeur hors œuvre de l’ouvrage varie entre 1 m et 1.10 m. La largeur du conduit est d’environ 35 cm, pour 42 à 47 cm de hauteur, 50 cm sous le sommet de la voûte. La pente mesurée sur 18 m est d’environ 1 % vers l’ouest.

Tant la nature de la structure que le mobilier, très fragmentaire et qui doit encore être étudié, nous amènent à dater cet aqueduc de l’époque romaine pour l’heure au sens large.

Louis Blondel a interprété la découverte de 1942 comme une dérivation de l’aqueduc de Cranves (F) à Genève, ouvrage de dimensions plus importantes, étudié dans plusieurs secteurs, notamment à Thônex et Chêne-Bourg, mais dont le tracé jusqu’en ville de Genève demeure largement hypothétique. Ainsi, la découverte de 2024, et les résultats des prospections géophysiques menées en amont du site, à la suite de la campagne de fouilles, nous amènent-ils à réexaminer la question de l’aqueduc antique de Genève.