La découverte fortuite d’ossements humains lors de la démolition de l’ancienne salle communale a occasionné une fouille de sauvetage. Prescrite par la direction de l'Archéologie Cantonale de l'État de Vaud, cette opération a concerné 140 m2 de l'ancien cimetière du hameau de Mont-le-Grand, aujourd'hui Mont-sur-Rolle. Elle a permis la mise au jour de 52 inhumations.
Sur la base des documents d’archives et des plans cadastraux (1779 et 1850-1853), il est possible de proposer quelques repères chronologiques. Mis en fonction au 18e siècle, ce cimetière, associé initialement à l'église Saint-Paul, continue à être utilisé après la désaffectation de l'édifice en 1845. Un nouvel espace funéraire est mis en fonction en 1911 tandis que la salle communale est construite sur l’ancien emplacement en 1912. Il ne sera pourtant fermé officiellement qu’en 1917, suggérant qu’il a subsisté durant les cinq dernières années davantage comme un lieu de souvenir.
Bien que l'investigation n'ait concerné qu'une petite portion du lieu d'inhumation (140 m2 sur presque 2000 m2 au total), elle a apporté plusieurs indices concernant l’organisation de l’espace funéraire. D'un point de vue spatial, les fosses sont agencées suivant une orientation générale nord-ouest/sud-est et selon des alignements peu lisibles, a priori est/ouest. Les défunts sont disposés dans des cercueils en bois cloués, la tête au nord-ouest. L'arasement partiel du site lors de la construction de la salle communale a oblitéré le sommet de la séquence stratigraphique. Toutefois, la mise en évidence de recoupements entre sépultures indique un minimum de trois cycles d'ensevelissements. Malgré cette densité d'implantation, très peu d'ossements en position secondaire ou de réductions ont été observés, suggérant une gestion des restes squelettiques.
Si la fouille méticuleuse des sépultures a révélé une mauvaise conservation générale du matériel ostéologique, elle a surtout permis la documentation in situ et le prélèvement d’une grande quantité d’objets, notamment d’éléments vestimentaires. Les cercueils sont assemblés principalement par des clous industriels à section ronde, apparaissant dans nos régions vers 1820. Ils ont été situés et orientés sur des relevés en plan afin de documenter les techniques de construction. Parallèlement, 38 des 52 tombes traitées ont livré du mobilier associé au défunt, majoritairement représenté par des boutons en verre pressé moulé, en bois, en os ou en métal, ainsi que des boucles métalliques, des agrafes à barbacane et des épingles de linceul. Certains objets sortent de l’ordinaire, parmi lesquels on peut signaler un dentier en place, deux monnaies suisses oxydées (en cours de restauration), un ensemble comprenant une veste en feutre, un gilet/chemise et une cravate en soie verte et, dans une autre sépulture, un châle en mailles grossières orné de glands à frange.
L'intervention menée à Mont-sur-Rolle s'inscrit dans la continuité d'investigations effectuées ces dernières années sur plusieurs sites comparables. De par sa nature et son contexte de découverte, ce cimetière se rapproche de celui mis au jour sous le collège Saint-Roch à Lausanne (2021-2022). L’analyse des données collectées ainsi que l’étude des squelettes et du corpus d’objets permettront d’enrichir nos connaissances sur les pratiques funéraires et d’améliorer les ensembles de références pour les périodes récentes.
