Dans le cadre des travaux de requalification du quartier de l’Auge, en basse-ville de Fribourg, impliquant la pose de nouveaux réseaux ainsi que la réfection des rues, des ponts de Berne et du Milieu et de plusieurs places, un suivi de chantier est mené par le Service archéologique de l’État de Fribourg depuis avril 2025.

La nature des aménagements prévus, conjuguée à des contraintes de préservation du marronnier situé au centre de la place du Petit-Saint-Jean, limite l’observation complète de certaines structures (fig. 1). De plus, certains vestiges ont été perturbés par des aménagements urbains postérieurs. Malgré ces contraintes, les investigations en cours permettent d’affiner la compréhension de l’évolution du quartier de la période médiévale à l’époque contemporaine, tout en complétant les données issues d’interventions précédentes, en particulier le suivi de la pose d’un réseau de gaz réalisé en 1987.

Les fouilles réalisées pour l’heure principalement sur la place du Petit-Saint-Jean (fig. 1) mettent en évidence les vestiges de la chapelle dédiée à Saint-Jean-Baptiste, fondée en 1224 par les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem et détruite en 1832. Sa localisation est déjà attestée par les découvertes de 1987 lors du dégagement des murs latéraux de l’édifice et de sept sépultures. Les fouilles récentes permettent de distinguer deux phases architecturales. La première est caractérisée par un chevet en abside orienté à l’est, autour duquel s’organise un espace funéraire. La seconde, marquée par un chevet plat, coupe plusieurs sépultures. On la retrouve par ailleurs sur les représentations de Grégoire Sickinger (1582), de Martin Martini (1606) et sur le plan de Charles Raedlé (1822). Elle s’accompagne d’une légère modification de l’axe de la chapelle et d’un agrandissement de l’édifice (environ 1-2 m de longueur et 1 m de largeur). Le bâtiment adopte alors un plan quadrangulaire d’environ 6.5 m de large et 23 m de long.

À un moment de son histoire, la chapelle était décorée d’enduits peints, dont de nombreux fragments sont principalement retrouvés dans une couche de démolition à l’est de la fouille, et prélevés pour analyse. En laboratoire, ces petits fragments peuvent parfois faire l’objet de recollements. Les observations préliminaires montrent une majorité d’aplats noirs, gris et blancs, associés à de très rares fragments rouges ou jaunes. Un fragment portant des lignes noires pourrait indiquer l’existence de motifs figurés.

Les sources iconographiques anciennes révèlent également la présence d’une fontaine à proximité immédiate de la chapelle. Il s’agit de la fontaine Sainte-Anne, construite en 1559 et déplacée en 1832 lors du démantèlement de la chapelle. Elle est aujourd’hui implantée légèrement plus haut sur la place. Le socle de la fontaine, retrouvé en fouille, recoupe des sépultures.

À l’ouest de la place, le long du mur gouttereau sud de la chapelle, la plantation d’un arbre rend nécessaire une excavation plus profonde qui révèle de nombreuses structures funéraires avec des superpositions et recoupements de sépultures. Trois phases d’inhumations sont identifiées: la première présente des sépultures individuelles (adultes et immatures). La seconde correspond au creusement d’une grande fosse (environ 5 m x 1.75 m) contenant des inhumations multiples et complexes et s’appuyant contre le mur gouttereau sud (fig. 2). La troisième phase voit l’implantation de nouvelles tombes individuelles dans les niveaux postérieurs à la fosse avec une prédominance des tombes d’immatures à proximité immédiate de la chapelle. Les défunts sont déposés tête à l’ouest, à l’exception de quelques rares sépultures, vraisemblablement plus anciennes, dans lesquelles ils ont la tête au nord. Plusieurs modes de dépôts sont observés: pleine terre, coffrage en bois avec parfois des clous, planche de couverture et cercueil. Les limites du cimetière associé à la chapelle ne sont pas encore connues. En effet, les sépultures ne se concentrent pas uniquement aux abords immédiats de l’édifice: des tombes proviennent notamment d’une tranchée traversant la zone de fouille selon un axe est-ouest (fig. 1). Elles sont localisées entre 5 et 15 m au sud et au sud-est de la chapelle. Leur densité dans cet espace semble inférieure à celle qui est observée à proximité immédiate de l’édifice, mais la vision est également plus partielle. Plusieurs niveaux funéraires, au moins deux, se superposent également. Il s’agit principalement de tombes individuelles et de quelques tombes doubles, dans lesquelles les individus sont inhumés en décubitus dorsal, tête à l’ouest, avec des modes de dépôts variables. Dans l’une des sépultures doubles, un individu âgé de 15-20 ans, inhumé avec le corps d’un périnatal sur son bras droit, tient dans sa main gauche un objet en alliage ferreux, bois et restes textiles (un couteau?).

Dans le reste du quartier, les vestiges mis au jour témoignent de l’évolution urbaine de l’Auge. Les caves les plus importantes fouillées à ce jour se distinguent par leur excellent état de conservation. Elles appartenaient à des bâtiments encore en élévation jusqu’au début du 20e siècle, connus par des photographies et des représentations anciennes. Ces caves ont livré majoritairement du mobilier d’époque contemporaine plus que médiévale, échantillonné de manière raisonnée afin de constituer un ensemble représentatif pour les collections. Enfin, dans la rue de la Samaritaine, plusieurs aménagements, dont des caves et des murs, sont directement implantés dans ou sur le substrat rocheux molassique. Un graffito en forme d’étoile à cinq branches figure par ailleurs sur une marche en molasse, au pied de la façade d’un des bâtiments bordant la place du Petit-Saint-Jean.