Le Service archéologique de l’État de Fribourg a réalisé une troisième campagne de fouille au lieu-dit Fossard d’Enbas sur la commune de Grandvillard. L’objectif de cette intervention était la documentation d’un troisième tumulus (STR 33) après l’exploration exhaustive des deux premiers en 2019 et 2020 (STR 2 et STR 11). La découverte de ce monument remonte à 2020, lors des opérations de terrain sur le tumulus STR 11. À cette époque, la décision fut prise de ne pas entreprendre d’investigation archéologique sur ce tertre, car il se situait en dehors de l’emprise des activités d’une gravière. L’extraction des matériaux dans la zone étant terminée, le lieu fait actuellement l’objet d’un projet de reboisement compensatoire menaçant les vestiges archéologiques connus. La réalisation future de ces nouvelles plantations ainsi que l’érosion importante des berges du ruisseau torrentiel du Fossard ont conduit le SAEF à effectuer une fouille préventive (fig. 1).

L’ouverture d’un secteur de 76 m2 a permis de documenter l’intégralité du monument funéraire encore préservé dans les sédiments. Ce dernier, de forme circulaire, mesurait 9 m de diamètre pour une hauteur conservée d’environ 0.8 m. Il était constitué d’un cairn composé de plusieurs assises de galets et de blocs calcaires déposés jointivement. Le tout était entouré par une couronne de plus gros éléments de même nature. Cette bordure circulaire, soigneusement aménagée, constituait le marquage extérieur du tumulus (fig. 2). À l’instar des monuments mis au jour en 2019 et 2020, le cairn a fait l’objet d’un épierrement partiel de la moitié occidentale au 19e siècle. Toutefois, ces destructions se révélèrent moins importantes que dans les deux autres tumuli. La partie orientale était mieux préservée et correspondait très probablement à l’aspect originel du monument. Dans cette zone, l’ensemble était encore recouvert par des sédiments rapportés qui constituaient possiblement la couverture terreuse supérieure.

Au centre du tumulus, les investigations ont mis en évidence deux tombes. La première (STR 48) était une inhumation située au centre du monument, directement dans les galets du cairn. Il s’agissait de la sépulture d’un individu plutôt gracile ou immature dont les restes étaient partiellement conservés et déplacés dans les limites de la sépulture. La position de l’inhumation n’a pas pu être définie précisément. L’orientation de la tombe était SW-NE avec le crâne du côté NE. Des parures ont été mises au jour avec cet individu: un bracelet de type Cordast, une agrafe de ceinture de type Lyssach, une petite tige de bronze ainsi que des fragments de tôles de bronze décorées de hachures pouvant appartenir à un ou deux bracelets. Ces objets ont été découverts à proximité de leur lieu de dépôt originel. Cette première sépulture a vraisemblablement été recoupée partiellement par l’installation d’une seconde tombe (STR 51). Sa fosse d’implantation était modérément décalée vers l’ouest par rapport au point central du tumulus. Cette seconde inhumation était celle d’un individu adulte en léger décubitus latéral gauche, avec l’avant-bras droit sur le bassin et l’avant-bras gauche le long du fémur gauche. La jambe droite était fléchie et la gauche en extension avec les pieds joints. L’orientation de la tombe était SSW-NNE avec la tête au SSW. La partie inférieure du corps était bien mieux conservée. Les destructions du cairn au 19e siècle ont perturbé la partie supérieure du défunt. Sur l’individu, diverses parures ont été mises au jour: deux anneaux en roche noire, une agrafe de ceinture en bronze, un disque ajouré à renflement central entouré d’un anneau plat (fig. 3), une perle en os, un anneau tubulaire en bronze ainsi qu’une petite centaine de boutons hémisphériques à griffes. Ces derniers garnissaient très probablement une ceinture, matérialisée sur le terrain par une marque de sédiment noirâtre. Les éléments du costume funéraire des deux défunts inhumés dans ce tumulus appartenaient probablement à des femmes ayant vécu au Hallstatt ancien.

Sous le cairn, plusieurs vestiges appartenant vraisemblablement à l’âge du Bronze final ont été mis au jour, notamment un four à pierres de chauffe (STR 55). Cette fosse rectangulaire à coins arrondis et parois fortement rubéfiées mesurait 2.6 x 1.3 m. Elle était creusée dans un sédiment limono-argileux. Le fond était tapissé par des brandons de bois surmontés de deux assises de blocs d’origine alpine intensément brûlés. Ce type de structure avait déjà été observé sous le tumulus STR 11 et daté au 14C et par la typologie de la céramique au Ha B3 (STR 44). La structure 55 appartenait très probablement à la même fourchette chronologique.

En marge de l’aire funéraire romaine fouillée en 2020, les restes d’un petit dépôt ont également été exhumés. La disposition des clous aux angles d’un rectangle de 0.75 x 0.4 m marquait certainement la présence d’une offrande en coffre. À l’intérieur de ce contenant en matière périssable se trouvaient deux récipients de taille réduite, un anneau en alliage cuivreux et un balsamaire en verre avec son bouchon en céramique.

Avec la fouille de ce troisième tumulus, l’ensemble d’une petite nécropole a pu être investigué dans sa totalité. En somme, quatre inhumations du Premier âge du Fer ont été mises au jour avec trois individus associés à du mobilier d’accompagnement. Les restes d’une aire funéraire romaine et des fours à pierres de chauffe de l’âge du Bronze final ont complété ce corpus. La diversité des pratiques observées en ce lieu a démontré qu’à travers les siècles cet espace a revêtu une symbolique forte pour les populations anciennes. L’étude détaillée de ce site particulier offrira sans aucun doute à l’avenir des perspectives de recherche intéressantes.