La fouille de Cornaux/Derrière le Clos s’inscrit dans le cadre d’un projet de construction implanté sur un ancien terrain agricole, situé en périmètre archéologique. Deux interventions archéologiques ont été menées sur cette parcelle préalablement à la fouille : une opération de suivi de travaux de génie civil (2022) et une campagne de sondages (2024). Au printemps 2025, une surface de 996 m2, correspondant à l’emprise de l’atteinte du projet de construction dans la couche archéologique, a été décapée à la pelle hydraulique et fouillée extensivement selon des méthodes variées allant de la fouille manuelle fine au décapage mécanisé (fig. 1 et 2).

Les couches archéologiques se développent sur un substrat morainique. La couche archéologique inférieure est uniquement conservée dans une dépression au nord-est de l’emprise des fouilles et a été documentée en fouille fine sur une surface de 15 m2. Elle se caractérise par un sédiment argileux qui s’est avéré plutôt favorable à la préservation du mobilier, notamment de la terre cuite. La couche archéologique supérieure présente quant à elle les caractéristiques d’un horizon de surface remanié, qui s’étend sur l’ensemble de la surface fouillée. Elle comprend un mobilier globalement moins bien conservé et est scellée par des colluvions peu épaisses. L’ensemble des indices sédimentologiques suggère un remaniement de vestiges provenant d’un site localisé dans les alentours.

Le mobilier archéologique est composé de 2332 tessons de céramique (9.8 kg), 506 fragments de terre cuite (2.9 kg), 227 éléments fauniques, 9 éléments en silex et quartzite, dont 4 outils taillés, et 2 petits fragments de bronze indéterminés. L’étude typologique de la céramique, encore en cours, fait état de 96 bords, 15 fonds et 6 cordons, ainsi que de 37 fragments de panse décorée. Les premières observations permettent de rattacher la majorité du corpus aux phases initiales du Bronze final, avec de nombreuses écuelles à rebord, souvent décorées de zig-zags et parfois d’un ressaut interne ; un gobelet à épaulement et décor vertical au peigne ; un vase à épaulement non décoré ; ainsi que de nombreux pots à bord évasé. Quelques éléments tels que des lèvres à bourrelet externe et des décors de larges cannelures verticales indiquent une possible fréquentation, plus discrète, au Bronze moyen et récent, alors que d’autres, notamment certains cordons, sont plus proches de parallèles retrouvés au tout début du Premier Âge du Fer. Ces observations typo-chronologiques semblent largement confirmées par les huit dates 14C effectuées, puisque cinq d’entre elles se situent à la transition entre le Bronze récent et final (1275-1051 cal BC), une autre remonte au Bronze moyen/récent (1430-1295 cal BC) et les deux dernières correspondent au plateau de calibration attendu pour le Premier Âge du Fer.

La présence de structures anthropiques sur ce site a été identifiée dès le suivi réalisé en 2022. Cela dit, il reste difficile d’en préciser la nature, même après la campagne de sondages et la fouille. Outre les vestiges énumérés ci-dessus, plusieurs concentrations de blocs et pierres d’origine alpine ou calcaire ont été documentées, bien que leur extension et leur disposition initiale restent difficiles à déterminer. Les structures en creux se limitent à quelques trous de piquets, dont la contemporanéité avec les vestiges mobiliers n’est pas établie. Les charbons de bois sont globalement peu nombreux. Les restes de terre cuite présentant des négatifs de baguettes ainsi que des surfaces aplanies sont interprétés comme des restes de clayonnage. Ils constituent dès lors les indices les plus probants attestant la présence de constructions. Enfin, une concentration de charbons et de quelques pierres rubéfiées a également été observée, vraisemblablement en lien avec l’un des empierrements. Ces indices, associés à l’assemblage céramique comprenant aussi bien des récipients de stockage que de la vaisselle plus fine, permettent d’envisager la présence d’un site d’habitat terrestre largement remanié, datant de l’Âge du Bronze récent/final.