Dans le cadre de l’implantation de sept conteneurs à déchets semi-enterrés, une tranchée, d’une longueur de 23 mètres pour environ 2,50 mètres de large, a été creusée sur les places de parc du Chemin des Vauches, le long du mur d’enceinte nord du cimetière de l’église St-Germain, à Porrentruy. Une photo aérienne de 1936 et d’anciens plans montrent que ce mur était positionné différemment à l’époque. Ce n’est que dans les années 1960 qu’il a été déplacé d’environ 5 mètres vers l’intérieur, afin d’élargir la rue et d’aménager des places de parking. La tranchée est donc située dans l’ancienne enceinte du cimetière (fig. 1).

Par ailleurs, durant l’installation du chauffage à distance à Porrentruy, des fouilles avaient déjà été effectuées en 2013, entre les n°5 et 13 du Chemin des Vanniers, le long du mur d’enceinte oriental du cimetière. Lors de ce suivi, 27 tombes avaient été mises au jour, ainsi que deux fossés, deux chenaux et une ancienne voie, le long d’une tranchée d’environ 60 mètres de longueur pour 2 mètres de largeur.

Ainsi, nous n’avons pas été surpris de repérer, dès les premiers mètres du terrassement, des fosses d’implantation de tombes. Après un décapage complet de la tranchée sur ses 50 premiers centimètres de profondeur, 13 fosses sont apparues. Cependant, notre équipe a été confrontée à des superpositions de 2 à 3 corps pour 10 fosses sur 13 durant la fouille. Finalement, ce sont 26 inhumations complètes qui ont été mises au jour sur 180 centimètres de profondeur et sur une surface légèrement inférieure à 60 m2. Ces chiffres permettent de relativement bien se figurer la forte densité d’occupation du cimetière dans ce secteur et certainement aux alentours. À ces 26 inhumations s’ajoutent 4 inhumations partielles ou non dégagées repérées dans les coupes.

D’après leur mobilier funéraire et leur situation en périphérie du cimetière, il s’agit sans doute de défunts enterrés lors de la dernière période d’occupation principale du cimetière, dans le courant du 19e siècle. La présence de certains tessons céramiques récents retrouvés dans le sédiment ayant servi à remblayer les tombes, la conservation de certains tissus de vêtement, de perles de chapelet en pâte de verre et de boutons d’habits particulièrement ornés constituent des données abondant dans le sens d’inhumations récentes (fig. 2).

Près de la moitié des inhumations sont marquées par des pathologies parfois importantes, voire même de vraisemblables amputations pour deux des individus. En effet, le rapport anthropologique de l’institut de médecine légale de l’Université de Berne met notamment en exergue :

  • quatre corps ayant leur mâchoire inférieure édentée (pathologie appelée mandibule sénile et indiquant un âge avancé),
  • trois squelettes ayant des traces d’arthrose osseuse prononcée, voire sévère,
  • des modifications sévères, peut-être dégénératives, de l’articulation de la hanche droite sur deux individus,
  • un cas de fusion de plusieurs phalanges de la main gauche,
  • un déplacement de la colonne vertébrale, relatif à une possible scoliose pour un squelette
  • une excroissance osseuse inhabituelle à l’extrémité distale de la clavicule droite d’un individu,
  • un cas d’épaississement de la diaphyse de la fibula gauche, relatif à la guérison d’une fracture,
  • un crâne ayant des sillons, dont la présence n’est pas considérée comme traumatique ou taphonomique
  • un cas de foramen sternal, variante anatomique rare du sternum
  • un cas de jambe gauche fortement atrophiée, indiquant une complète immobilité (fig. 3).

Par ailleurs, la totalité des inhumés semble être des adultes de plus de 17 ans, excepté un adolescent âgé entre 12 et 17 ans. Hormis un corps tête à l’est, tous les autres individus sont inhumés de manière conventionnelle, tête à l’ouest. Ils sont en décubitus dorsal, les jambes allongées, exception faite de deux squelettes, le premier ayant les jambes repliées et le second ayant son fémur droit fixé au bassin par une très forte coxarthrose, sa jambe n’a pu être disposée normalement. La position et l’orientation de quatre tombes sont incertaines. Par ailleurs, deux corps ont subi des interventions post-inhumation, membres inférieurs à côté du squelette pour le premier et crâne déplacé à côté des membres inférieurs pour le second. De plus, quatre tombes sont remarquables par la superposition directe de deux voire trois squelettes (fig. 4).

Autant de corps ayant des anomalies anatomiques, marquant parfois profondément les individus durant leur vie, le tout réuni sur une si petite surface du cimetière, additionné à la présence de fosses accueillant plusieurs squelettes, constituent des indices permettant de postuler l’hypothèse d’un « quartier » réservé à des infirmes. Cependant, il n’est pas non plus exclu que ces différents cas réunis au même endroit soient simplement le fruit du hasard, dû notamment à des lacunes en soins pour une population jurassienne ni aisée, ni aidée au tournant et durant le 19e siècle, alors que la région devient d’abord département français avant d’être intégrée au canton de Berne.