Une fouille archéologique préventive menée par le Service cantonal d’archéologie de Genève (SAGe), en collaboration avec l’Université de Genève (laboratoire ARCAN), a permis de mettre au jour une importante aire funéraire à Lully, sur le territoire de la commune de Bernex (fig. 1). Cette opération constitue à ce jour l’une des collaborations les plus significatives entre les deux institutions dans le domaine de l’anthropologie funéraire.
Le site investigué se situe dans une zone rendue archéologiquement intéressante par le fait que les sources écrites y mentionnent la présence d’au moins un édifice religieux durant le Moyen Âge. L’intervention a été motivée par un projet de construction de maisons villageoises avec parking souterrain, sur une parcelle anciennement occupée par un parking de surface.
Des sondages réalisés en mai 2025 ont révélé la présence de trois sépultures, conduisant à la mise en place d’une fouille de sauvetage menée du 23 juin au 31 octobre 2025. Au total, 154 structures ont été mises au jour. Elles comprennent :
- une tranchée moderne ayant perturbé une partie du secteur et plusieurs tombes ;
- six unités de maçonnerie ;
- 147 structures à caractère funéraire.
Les datations radiocarbone obtenues sur les ossements humains placent l’occupation funéraire entre le 12e et le 17e siècle. Le mobilier archéologique étant rare, souvent résiduel et hors contexte, il n’a pas permis de préciser davantage la chronologie.
Parmi les maçonneries, deux segments formant un angle pourraient correspondre aux limites internes et externes d’un bâtiment. Les datations indiquent une utilisation antérieure au 15e siècle. Une autre maçonnerie, de dimensions plus importantes, a recoupé plusieurs sépultures lors de son implantation avant d’être elle-même partiellement perturbée par des inhumations postérieures ; son usage se situe entre les 13e et 15e siècles. Une quatrième structure, constituée de petits cailloux, présente également des perturbations liées à des sépultures plus récentes. L’étude en cours devra déterminer si ces vestiges se rapportent à un édifice mentionné dans les archives. Les deux dernières unités semblent plutôt correspondre à des niveaux de démolition ou d’effondrement.
Les 147 structures funéraires comprennent 142 inhumations primaires individuelles, une tombe plurielle et quatre réductions externes.
Parmi les sépultures individuelles, un peu plus de 60% correspondent à des inhumations en cercueil de bois, attestées par la présence de clous ou de restes ligneux (fig. 2), moins de 10% sont des inhumations en fosse simple et près de 30% n’ont pu être déterminées avec certitude faute d’indices suffisants.
Une fosse de 1,90 × 2,60m contenait les restes de 12 individus : trois sujets déposés en cercueil et un ensemble d’ossements remaniés correspondant à au moins neuf individus supplémentaires (fig. 3). L’organisation des restes osseux et la perturbation de deux cercueils indiquent une utilisation répétée de cette structure.
Bien que la fouille ne concerne qu’une portion limitée de l’aire funéraire, elle révèle une occupation longue et une densité importante des inhumations. On observe de fréquents chevauchements de tombes sans destruction des sépultures antérieures, jusqu’à quatre niveaux successifs d’inhumations dans certains secteurs, des tombes recoupées par de nouvelles installations (fig. 4) et un recours limité à la réduction volontaire des ossements. La réutilisation de l’espace semble s’être principalement faite par simple remaniement de la terre, expliquant l’abondance d’ossements isolés et mêlés.
Les défunts sont généralement déposés en décubitus dorsal, membres supérieurs fléchis et membres inférieurs en extension. Un seul cas de procubitus a été identifié. L’orientation des tombes est particulièrement homogène : 95% des sépultures suivent un axe nord-ouest / sud-est. Les orientations divergentes, marginales, se concentrent dans les niveaux supérieurs.
Toutes les classes d’âge sont représentées sur l’ensemble de la parcelle. Toutefois :
- les adultes apparaissent plus densément répartis à l’extérieur du bâtiment supposé ;
- les non-adultes se concentrent majoritairement à l’intérieur ou autour de celui-ci ;
- les très jeunes enfants (0–1 an) présentent une disposition marquée le long de la façade externe du bâtiment.
Les 147 structures funéraires ont livré les restes de 175 individus dont 56% d’adultes et 44% de non-adultes. Chez ces derniers, toutes les classes d’âge sont représentées, dans des proportions conformes à celles généralement observées dans les populations préindustrielles. Pour les adultes, l’estimation de l’âge reste délicate, mais il est probable que l’ensemble des classes d’âge soit également représenté. Le sexe biologique n’a pu être déterminé que pour 37% des adultes ; parmi ceux-ci, le ratio femmes/hommes apparaît globalement équilibré.
Cette découverte constitue un apport majeur pour la connaissance du peuplement médiéval de la campagne genevoise. L’étude en cours des vestiges bâtis, des datations et des restes humains devrait permettre de préciser la nature du site et de déterminer s’il correspond à un édifice religieux mentionné par les sources historiques.
