Dans le cadre de la construction d’un immeuble et d’un parking souterrain au lieu-dit «Les Chipres en Bise», au nord du Temple du Landeron, l’office de l’archéologie cantonale (OARC) a réalisé un suivi des terrassements qui a permis, en septembre 2024, de repérer un empierrement recelant des tessons de céramique protohistorique à environ 1.30 m sous la surface du sol. Une partie de la parcelle, située à 10 m à l’ouest de la limite occidentale connue de l’extension de la villa gallo-romaine des Carougets, avait fait l’objet de sondages en 2003 qui n’ont toutefois pas atteint le niveau des nouvelles structures découvertes. Ainsi, les vestiges protohistoriques n’ont pas été repérés en amont des travaux de construction et ont donc conduit à l’arrêt du chantier et à la mise en œuvre d’une fouille de sauvetage entre le 28 octobre 2024 et le 23 janvier 2025.  

Les principaux niveaux archéologiques repérés sont installés sur des sédiments mis en place par des processus de colluvionnement et des inondations vraisemblablement liées à des crues torrentielles épisodiques d’un cours d’eau actif à l’est du site. Ces sédiments ont érodé un sol plus ancien contenant des traces de combustion qui indiquent une possible occupation antérieure du site. En raison du manque de temps, ce niveau n’a été documenté que sommairement.

La structure principale du site (St01 ; fig. 1) a été partiellement observée et documentée au centre de la parcelle, sur une surface d’environ 14 m (est-ouest) par 4.50 m (nord-sud). Il s’agit d’un empierrement, de forme allongée, aménagé le long de la pente et orienté est-ouest. Il est constitué d’un radier dense de galets et de graviers d’une épaisseur de 15 à 20 cm, plutôt horizontal avec un léger pendage dans sa partie sud suivant la déclivité du terrain. À l’ouest, on observe une zone circulaire de pierres rubéfiées que l’on peut interpréter comme une aire de combustion. Le radier est bordé au nord par un amas rectiligne de pierres de plus gros module qui peut être interprété comme un mur effondré ou un solin. Il s’agit donc probablement de soubassements d’un ou plusieurs bâtiments installés à flanc de colline.   

Les tessons de céramique, retrouvés dans l’empierrement et les sédiments associés, sont peu nombreux et dans un état de fragmentation importante avec des surfaces érodées. Quelques petits fragments d’ossements d’animaux ont également été répertoriés.

L’empierrement St01 recouvre entièrement une structure plus ancienne (St04 ; fig. 2), vraisemblablement un aménagement d’une terrasse de même orientation repérée sur une largeur d’environ 2 m, à une profondeur de 60 à 70 cm. En outre, une concentration de carbonates secondaires, indiquant une rupture de pente, ainsi qu’une bioturbation particulièrement importante associées à cette surface suggèrent qu’il s’agissait d’une aire de jardin et/ou de pâturage. Plus tard, cette terrasse a sans doute servi de zone dépotoir. En effet, elle est comblée d’amas de gros galets et de blocs, ainsi que de concentrations de tessons de céramique, de pierres rubéfiées et thermofractées. L’ensemble est englobé dans un sédiment limoneux homogène, recelant quelques restes fauniques et de nombreux fragments de charbons de bois. Cette accumulation de matériel résulte sans doute de rejets de foyers et d’autres déchets liés à un habitat situé à proximité (fig. 3).

Bien que partiellement dégagées, les structures observées livrent suffisamment d’éléments pour postuler qu’il s’agit de témoins de deux, voire trois occupations successives d’un habitat en milieu rural aménagé sans doute en terrasse à flanc de coteau. D’après un premier examen du mobilier céramique, ces occupations datent toutes du Premier âge du Fer (Hallstatt C/D), une période dont les vestiges d’habitat sont rares dans la région. Des fosses indiquant l’existence d’un habitat hallstattien (HaD1 à D3) ont en outre été observées dans les années 1990-1991 à une cinquantaine de mètres à l’est sur le site voisin des Carougets.