Des sondages archéologiques ont été réalisés en mai 2025 préalablement à la construction d’un immeuble à Cheyres, en raison de la découverte de quelques tessons épars dans la parcelle voisine en 2020. Un niveau de colluvions contenant du mobilier romain, révélé par la découverte de quelques fragments de tegulae, et un niveau protohistorique attesté par plus de 150 tessons ont alors été mis en évidence. Ces résultats ont conduit le Service archéologique de l’État de Fribourg à réaliser à la fin de l’été une petite intervention d’environ 535 m2 (fig. 1) sur cette parcelle, située aujourd’hui à moins de 500 m de la rive sud du lac de Neuchâtel, mais sur une terrasse surplombant le littoral d’une quinzaine de mètres.
Cette parcelle renfermait un niveau romain qui se situait directement sous l’humus, entre 30 et 50 cm de profondeur. Il surplombait la couche protohistorique, caractérisée par un limon sableux brun-gris, qui renfermait de nombreux points de charbons, des tessons protohistoriques, quelques objets en bronze et des galets éclatés au feu. En raison de sa richesse et de la conservation du mobilier, cette dernière couche a retenu davantage l’attention des archéologues.
Alors que le mobilier céramique était abondant, seules quatre structures ont été mises au jour, soit deux trous de poteau, dont l’un avec pierres de calage (fig. 2), une petite fosse charbonneuse et une dernière anomalie interprétée comme une petite fosse ou un trou de poteau.
Près de 1900 tessons de céramique protohistorique ont été prélevés. D’après les premières observations, ce mobilier présente des éléments typiques de l’âge du Bronze moyen/récent (Bz C/D), tel qu’un pot sans encolure à lèvre épaisse, un décor de double cordon ou une lèvre en forme de patte. D’autres pièces sont par contre caractéristiques du Premier âge du Fer, notamment des pots à cordon et impressions sur la lèvre et plusieurs formes basses.
Quelques objets remarquables sont à signaler, comme une pointe de flèche en bronze, un fragment d’un anneau en roche sédimentaire (lignite), deux perles et un creuset en terre cuite. Enfin, quelques tessons isolés pourraient remonter à la fin de l’époque laténienne (LT D).
Seule l’analyse typostratigraphique détaillée sera à même de préciser si une partie du mobilier provient de colluvionnements et s’il y avait un ou deux niveaux protohistoriques en place. Il est intéressant de noter que les deux occupations protohistoriques repérées lors de la fouille correspondent à des phases d’abandon des villages des rives des lacs. La fréquentation du site à ces périodes pourrait coïncider avec des activités domestiques localisées juste en retrait de l’ancienne rive du lac.
